Lyon, les traboules

traboules de Lyon
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Les immeubles de la Croix-Rousse dominent la ville, au hasard d’une rue on peut appercevoir un interstice étroit et un grand escalier, laissant entrevoir le Rhône qui coule en contrebas, creusant le paysage aux couleurs pastel au pied de la colline. Cet escalier est l’une des centaines de « traboules« , ou passages cachés, qui sillonnent la ville de Lyon, permettant aux connaisseurs de se faufiler par un chemin, de sortir par un autre.

Pour les touristes en séjour à Lyon, traquer les traboules et s’y faufiler est devenu une activité qui s’apparente à une véritable chasse au trésor.

L’image des traboules est très mystique. Bien qu’il soit communément admis que leur utilisation a évolué au cours de l’histoire de la ville – jouant un rôle dans les révoltes des ouvriers de la soie au XIXe siècle et dans le mouvement de résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce qui est certain, c’est que la majorité des traboules sont apparues à la Renaissance, lorsque la ville a entamé une phase de développement rapide.

Un peu d’histoire

Au cours des XIVe et XVe siècles, la ville a commencé à se densifier et les bâtiments à se multiplier, notamment dans le quartier du Vieux Lyon, qui jouxte la Saône. La structure du quartier étant constituée en grande partie de longues routes parallèles, les traboules permettaient aux habitants d’accéder plus rapidement et perpendiculairement à la Saône, servant essentiellement de système de circulation facilitée.

Les traboules du quartier de la Croix-Rousse dans le 4e arrondissement de Lyon – qui se différencient par le paysage vallonné du quartier et des escaliers à étages – sont apparues plus tard.

A la Croix-Rousse, nombre de traboules sont des escaliers. Ces derniers ont été construits à l’arrivée des tisserands, qu’on appelle « les canuts« . La différence, ce sont les escaliers de la Croix-Rousse par rapport aux petites traboules du Vieux Lyon qui relient deux routes parallèles.

Nombre de ces passages sont maintenant fermés, mais certains d’entre eux sont devenus très populaires. c’est le cas par exemple de celui menant à la Cour des Voraces du côté de la place Colbert. Des œuvres de Street Art parsèment la cour, laissant place à d’autres escaliers serpentant vers le bas, menant à un passage qui débouche sur la rue Imbert Colomès.

Une histoire parfois fantasmée

traboule à Lyon croix rousse

Selon certains historiens, le rôle des traboules est exagéré, surtout lorsqu’on parle du mouvement de résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. Lyon a bien été la capitale de la résistance entre 1940 et 1944, et les lyonnais aiment à penser que c’est grace aux cachettes que constituent les traboules, que se fait à pu exister. Dans le même temps, d’autres historiens affirment sans détours que les résistants se cachaient bien dans les traboules. Certains d’entre eux y ont même malheureusement été arrêtés ou fusillés. D’ailleurs au hasard de certains de ces passages on trouve de petites plaques commémoratives évoquant ces épisodes. Ce sont d’anciens passages où les gens pouvaient se cacher, communiquer secrêtement, se transmettre des messages. Quoi qu’il en soit, il est entendu qu’il manque de références historiques pour étayer une partie aussi importante de l’histoire de la ville.

Ce qui est au fond étrange avec ces traboules, c’est qu’on les visite, on les montre, on explique à quoi elles ont servi, ce qu’on sait et ce qu’on ne sait pas, et les gens passent. Elles sont devenues un élément incontournable de Lyon, mais quand on creuse un peu, il n’y a pas grand-chose à y trouver. L’intrigue autour des traboules pourrait être largement attribuée à l’image fantasmatique des passages dans la littérature et le cinéma.

Au 19ème siècle, il y avait des sociétés secrètes à Lyon, et c’est à cette époque que s’est dessinée l’image littéraire sur le mystère de la ville. C’est le fantasme de ne pas vraiment savoir ce qui s’est vraiment passé dans les traboules qui entretien cette mystique.

Une notoriété récente

Les traboules ont encore gagné en popularité au cours des 30 dernières années, et surtout après que les quartiers historiques de Lyon ont été classés au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1998. La ville a commencé à nettoyer les passages, dont beaucoup étaient délabrés, et a conclu des accords avec certains propriétaires pour les laisser ouverts toute la journée aux résidents et aux touristes. Rappelons que les traboules sont des espaces privés, elles traversent des immeubles d’habitation, ce qui les différencie des passages de Paris.

Mais comme tout touriste il est bon de s’imaginer les canuts se faufilant dans les traboules de la Croix-Rousse, échappant à la détection de la police grâce à des stratagèmes élaborés. De penser à ces résistants, entrant par la rue du Bœuf, assistant à une réunion secrète dans la cour de la longue traboule, attendant de rejoindre un entrant de la rue Saint-Jean dix minutes plus tard. Ou encore aux sociétés secrètes, aux amoureux et aux multitudes de rencontres clandestines qui auraient pu avoir lieu dans ces passages.

Carte des traboules du Vieux Lyon

Carte des traboules de la Croix-Rousse